Poète,
traductrice, chargé de cours à la Faculté de Lettres de
l’Uni-versité d'ORADEA ( Département français- allemand
), ainsi que de la Faculté de Médecine et de Pharmacie
d’Oradea ( 1999- 2020 ).
Docteur ès
lettres de l’Université „Lucian Blaga” de Sibiu,
depuis 2009, avec une thѐse sur l'oeuvre du poѐte
Radu Stanca” ( qualificatif : Magna
cum Laude ) thѐse publiée aux Éditions de
l'Université oradienne sous le titre ”Stylѐmes
baroques dans l'oeuvre de Radu Stanca” ( 2011 ) &
ultérieurement, aux Éditions AUREO ( 2016 )
Avec
des poѐmes, essais et traductions, C.N. est
présente dans des revues littéraires, telles que:
„Forum
Studenţesc”/ „Le Forum des Étudiants”( Timişoara
) ;
„Amfiteatru”
/ Amphitéâtre” ( Bucureşti );
„Convorbiri
literare” / „Entretiens littéraires”(
Iaşi );
La Revue „Poezia” /
„La
Poésie” ( Iaşi );
„Analele” / „Les Annales” de L' Université de
Timişoara;
„Analele”
/ „Les Annales” de L'Université d' Oradea;
„Confluenţe” / „Jonctions”
La
Revue de L' Université „AGORA” d'Oradea;
„Cele
Trei Crişuri” / „Les Trois Crish” (
Oradea );
La
Revue „A.S.L.R.Q.” du Canada.
●
Anthologies
collectives de poésie (
bilingues, trilingues & musicales )
:
1995 : Lucian
ALEXIU, „Casa Faunului / La
Maison du Faune” – 40
poѐtes contemorains ( traduits
en anglais, français
et allemand ), Éditions HESTIA, Timişoara ;
2000 : „La
Table du Silence / Masa
Tăcerii”, ACCR ( Association Caen Calvados – ROUMANIE ), Hérouville Saint-
Clair ;
2006 : „Murmurul
vocilor” / „Murmure des voix”
/ „Murmur of voices”, (
Anthologie de poésie conçue par Ioan Ţepelea & soignée
par
Virgil Bulat ), Éditions COGITO, Oradea.
2016 : Florian
CHELU- MADEVA, „Sonnet. Anthologie roumaine”, VI-e
partie, Éditions PRIMUS, Oradea.
●
”Traduttore
– Traditore” :
1998 : Anton-
Florin BOŢA, „Poeme în spaţiul
astral / Poèmes dans
l’espace astral”, Editura CRISPAPIER,
Oradea, ( 100 pag. );
1999 : Gabriel
GEORGESCU, „Poeme sub cenzura
Clipei / Poèmes
censurés par l’Instant”, Casa de
Presă şi Editură ANOTIMP,
Oradea, ( 104 pag.);
2001 :
Alexandru SFÂRLEA, „Viziunile cu Sing
/ Les Visions avec
Sing”, Editura COGITO, Oradea, ( 64 pag.);
2003 : Ioan
ŢEPELEA, „Republica Roşie / La
République de Kun Bela”, Éditions Émeraude INC, CANADA, ( ~ 120
pag.);
2004 : George
TĂUTAN- CERMEIANU, „En écoutant les
Sirènes / / Wouivre sau
Duhul Sinelui”,
Ed.COGITO, Oradea,( 248 pag.);
2011 : Viorel
HORJ, „O mie de Lucruri /
Calendar // Mille Choses / /
Calendrier”, Editura Universităţii din ORADEA, (
72 pag.) ;
2012 : Mihai
EMINESCU, „Versions françaises
réitérées par Constanţa NIŢĂ”, Editura Universităţii din ORADEA, ( 250
p.) ;
2015 :
Constanța NIȚĂ, „Voci din Varadinum / Voix de
Varadinum”, Editura
Revistei ”FAMILIA”, ORADEA, ( 300 pag.);
2022 : Florentin
SMARANDACHE, „Punct neochit...dar lovit!”
/
„Point
non-visé... mais touché” ! 601 Distihuri paradoxiste /
601 Distiques
paradoxistes,
Editura AUREO,
ORADEA, ( 422 pag. ).
●
Livres en chantier:
1. Constanța
NIȚĂ, ”Gerunzii. Versuri de sertar” / ”Gérondifs.
Vers de tiroir”( ~ 170 p. );
2. Radu STANCA,
”Cina cea de dragoste” / ”La Cѐne d'Amour”, Édition
bilingue.
Version française par
Constanța NIȚĂ,
( ~ 230 p.);
3. Constanța
NIȚĂ, ”Les Saisons de la Poésie” /”Anotimpurile
Poeziei”,
Édition
bilingue. Version roumaine par Constanța NIȚĂ,
( ~ 300 p.
);
4. Constanța
NIȚĂ, ”Perla barocă” /”La Perle baroque”(Anthologie)
40 poѐtes baroques français en orthographe modernisée.
Version roumaine
par
Constanța NIȚĂ,
( ~ 300 p. );
5. Alexandru
ANDRIȚOIU, ”După-amiezile unui Faur”/ ”Les aprѐs-midi
d'un Orfѐvre”,
Édition bilingue. Version française par
Constanța NIȚĂ.
* *
*
”TRADUTTORE
- TRADITORE”
CONSTANŢA NIŢĂ - « SIMBOLUL COPACULUI - PREZENȚĂ SPIRITUALĂ
RECURENTĂ »
în POEZIA ROMÂNEASCĂ MODERNĂ & CONTEMPORANĂ
~ EȘANTIOANE LIRICE ~
1. Mihai EMINESCU (1850-1889)
FIIND BĂIET, PĂDURI CUTREIERAM / QUAND J' ÉTAIS GOSSE,
JE ME PERDAIS SOUVENT…,
din vol. Poezii,
București, E.P.L., 1967, p. 288-289
Motto: « Alături, teiul vechi mi se deschise :
Din el ieși o tânără crăiasă... »
Quand j′étais gosse, je me perdais souvent
À travers bois, longeant source et bordure,
Je m′accoudais la tête tout doucement,
Pour écouter les ondes et leur murmure ;
Par les rameaux passait un frémissement
Et une odeur venait de la verdure.
J′y suis resté ainsi des nuits entières,
Accompagné en douce des vagues- sorcières.
La lune se lève et darde en pleine figure:
Des contes de fée surgissent devant mes yeux ;
Un voile d′argent enveloppe de sa parure
Les champs, le ciel et la flambée des eaux.
Un cor de chasse résonne aux alentours,
Toujours plus près, doucement et mystérieux..
Parmi les feuilles séchées, les cerfs si beaux :
Il me semblait entendre leurs troupeaux.
Le vieux tilleul s’ouvrit comme par un charme
Et en sortit, d′un coup, une jeune princesse,
Ses yeux, comblés de rêves, étaient en larmes,
Son front était voilé d′une soie épaisse.
La bouche entrouverte, elle s′incarne,
S′avance à petits pas, avec souplesse,
Comme par un somme, vient sur la pointe des pieds
Et soupirant, s′assied juste à côté.
Et elle était si belle, pareille à l′ange
Qui, descendant du ciel, comme dans un rêve,
Un ange radieux et doux comme une image
Qui, devant toi, une seule fois se lève.
Ses cheveux dorés et souples tels un nuage,
Ses blanches épaules, sa nuque blanche relèvent.
Et à travers ses fins habits en soie,
Toute la blancheur du corps transperce, se voit.
Version française par Constanța NIȚĂ
2. Ion PILLAT (1891-1945)
CIREȘUL / LE CERISIER,
din vol. Grădina
între ziduri, 1919
Motto : « Când gol va fi cireșul, iar cerul plin de
stele,
Bunicii i-aș aduce acasă - coșuri grele...
De-aș mai avea bunică și sufletul de-atunci !... »
J'attellerai mon âne à la charette -
Lui, qui regarde en sage le monde entier,
Comme autrefois, on gravira le vieux sentier,
Au rythme du sabot, parmi la vigne verte.
Une jeune fille en rouge, ira à mon devant,
Munie de son panier et d'une longue perche.
J'arrêterai mon âne de sa marche,
Auprѐs du cerisier voûté par fruits et ans.
Il sera rouge, comme autrefois, le cerisier
Et les cerises pendront dans la ramée,
La jeune fille, dans son tablier, va entasser
À chaque mouvement de perche, des milliers.
Et tard, lorsque les ombres vont côtoyer les champs,
Et les étoiles, telles des cerises, vont briller,
J'apporterai pour ma grand-mѐre bien des paniers...
Si je l'avais encore... ainsi que l'âme d'antan...
* * *
PLOPUL / LE PEUPLIER,
din. vol.
Grădina între ziduri, 1919
Motto : « Sunt, Doamne, plopul cel legat de glie,
Întins, spre infinit ca un catarg... »
Né du guéret, il se rue dans les airs,
Telle une vraie source de rameaux et feuillages,
Car il soupire aprѐs vous, doux nuages,
Mais la terre glaise, les racines, lui enterre.
En violon, il chante au vent de la soirée -
Mais son âme pleure dans son tronc d'acier.
Et sa pensée s'enlise comme dans un bourbier
Lorsque sa feuille tombe, telle une aile brisée.
Mais quand sonnera la Mort, avec sa grosse cognée,
Ce n'est qu'alors qu'une blanche fumée ressuscitée
Du bois en flammes, à ce moment, s'élѐvera,
Flottant en douce sur la largeur des cieux.
C'est moi, ce peuplier ancré, mon Dieu,
Et qui s'étend vers l'infini pareil au mât.
Versions françaises par Constanța NIȚĂ
3. Lucian BLAGA (1895-1961)
GORUNUL / LE ROUVRE,
din vol. Poemele
luminii, E.P.L. 1968, p. 89
Motto : « - Gorunule din margine de codru, /
de ce mă-nvinge, cu- aripi moi, atâta pace ... ? »
Dans les lointains limpides,
dans la poitrine d'une tour,
j'entends une cloche qui bat
tel un coeur
et, entourées de douces rumeurs,
il me paraît que des gouttes de silence,
- non pas de sang -
s'écoulent à travers mes veines.
- Toi, rouvre de la lisiѐre du bois,
dis-moi pourquoi je suis vaincu par ses ailes molles
d'une si profonde paix
lorsque je gis à ton ombre
et que tu me caresses
avec ta feuille espiѐgle ?
Ô mais qui sait ? Probablement
c'est de ton tronc qu'on va sculpter
d'ici quelque temps - mon cercueil -
et le silence
que je vais gouter entre ses planches,
je le pressens - semble-t-il - dѐs à présent :
car ce silence je le pressens
lorsque ta feuille le verse à mon âme
et, tout à fait muet,
je dresse l'oreille à ton tronc
où mon cercueil s'accroît
avec chaque instant qui passe -
ô toi, mon rouvre de la lisiѐre du bois.
* * *
BELȘUG / PROFUSION,
din vol. Poemele
Luminii, E.P.L., 1968, p. 218
Motto: « - Negrule, cireșule, / gândul rău te-mprejmuie
( ... )
- Las' să vie, să culeagă, / Vara mea rămâne-ntreagă.
Stelele deasupra mea, / Nimeni nu mi le-a fura !...
»
- Cerisier, noir cerisier,
de mauvaises pensées guetté !
À tes fruits, enfin, mûris,
des gueules rêvent à minuit.
Hommes, oiseaux, âmes affamées
veulent soudain te secouer.
Tu es plein, à profusion...
Au voleur ! Fais attention !
Ma cueillette - laissez en faire ,
Ma saison reste tout entiѐre !
Les étoiles, au-dessus ma tête,
Personne peut faire leur cueillette !
* * *
CÂNTECUL BRADULUI / LE CHANT du SAPIN,
din vol. Poemele
Luminii, E.P.L. 1968, p. 220
Motto: « Și făr' de-asfințit, în imperiul meu,
Tânărul brad străjuiește mereu... »
Sous la Grande Ourse, couvert de mousses touffues,
Non atteint ni par l'homme, ni d'aigles royaux,
Dans mon vieil empire, il est le plus vieux,
Et monte toujours la garde, mon vieux sapin barbu.
Des lichens, des hiboux et des guêpes l'envahissent
Et de saintes araignées leurs fines toiles y tissent.
À cent ans de distance, toujours à cent ans,
Sa haute cime est frappée par un éclair blanc.
Sous les signes du zodiaque, un beau sapin s'érige
Mais, baisé par l'éclair, le feu au-dessus voltige.
Voilà qu'il se dépouille, d'un coup, de toutes ses
cendres,
Et sa banniѐre neuve se hisse encore plus tendre.
Le sanglier merveilleux, toujours et de nouveau,
Aiguise à son écorce les manches de son couteau,
Et, sans aucun déclin, dans mon empire âgé,
Mon sapin rajeuni est toujours aux aguets.
Versions françaises par Constanța NIȚĂ
4. Radu STANCA (1920-1962)
U L M U L / L' O R M E,
din vol. Versuri,
Ed. DACIA, Cluj- Napoca, 1980, p. 277
Motto : « Căci sus, pe piscul svelt, țâșnit în zare
(... )
El, ulmul cel tăcut, cu fruntea-n soare,
Nu e un zeu, dar e egalul lor ! »
Je suis monté sur le sommet de la montagne -
Jusqu'à la faîte la plus pointue et aiguisée,
Là, où, parmi les nues, un orme s'aligne,
Un orme énorme, sévѐre et rassuré.
J'ai embrassé son tronc, tel un dévot ému,
Je l'ai beni, je l'ai serré contre mon coeur,
Et, en esclave qui se prosterne à genoux,
Tout devoué, je me suis incliné en son honneur.
Car sur la plus haute cime qui s'élance aux cieux,
Où les sangliers se massent en troupeuax,
Lui, l'orme paisible, calme et silencieux,
N'est pas un dieu - il est pareil à eux !
* * *
P E I S A J / P A Y S A G E,
din
vol. Versuri,
Ed. DACIA, Cluj- Napoca, 1980, p. 335-336
Motto : « Iubita mea- i o salcie plângătoare...
Curg pe sub ea ca râul plin de unde... »
Ma bien-aimée est comme un saule pleureur...
Moi, en dessous j'y coule - comme une rivière féconde,
Tantôt plongée dans des vallées profondes,
Tantôt paisible dans mon lit et ma lenteur.
Du haut de mes montagnes solitaires
Je lui fait don dans mes paumes éphémères,
Mes rêveries – telles des chaloupes légères,
Et mes tristesses – tels des poissons bleu clair.
Et là-dessous, couché, je lui balance
Les longs bras et les cheveux entrelacés,
Et sur sa bouche que j’avais tant cherchée,
Telle une cascade, ma bouche d’eau se lance.
Tout ensablé dans de grosses alluvions
Et murmurant dans des coquilles sublimes,
Sous la torture des rêves, à sa racine,
Je creuse des grottes nocturnes : mes passions.
Et en été, lorsque je suis si clair,
Je jette des gouttes d’argent sur ses chevilles,
Mas en automne, quand les chimères vacillent,
Je l’enveloppe doucement de mon mystère.
Sur ses genoux je couche ensuite mon front:
Ainsi je gèle pour un hiver entier...
Lorsqu’un passant traverse le pont, à pied,
À peine je l’entends dans le silence profond.
Ma bien-aimée est comme un saule pleureur,
Moi, en dessous j'y coule - comme une rivière,
Mais, incité parfois par son mystère,
Mes eaux débordent, hélas, et montent sur l’heure...
Versions françaises par Constanţa NIŢĂ
5. Vasile VOICULESCU (1884-1963)
PÂRGĂ / MÛRISSEMENT,
din vol. Pârgă,
1921
Motto : « Am fost un pom zăbavnic... târziu am răsărit (
... )
Dar astăzi, peste vremuri, rodesc...Prin mii de pori (
... )
Și-ncovoiat sub pârgă, aștept culegători ! »
J'avais été un arbre attardé... à peine poussé...
La grêle, la sécheresse ne m'ont épargné guѐre.
J'ai un tronc rabougri et des branches tortillées,
Et mes pauvres racines, à force d'essayer
D'atteindre la terre fraîche, ont percé même les
pierres.
Mais, de nos jours, je donne des fruits... La glu amѐre,
Remontant par mes pores, elle devient douce et mûre,
Et produit des fleurs sous la lumiѐre solaire.
Le rêve de mes racines reluit sur les ramures :
Joyeux, mes fruits mûrissent et se mettent en vedette...
Courbé par la récolte, j'attends ma cueillette !
Version française par Constanța NIȚĂ
6. Alexandru ANDRIȚOIU (1929-1996)
GORUNUL / LE ROUVRE,
din vol. În Țara
Moților se face ziuă, Ed. ESPLA, 1952
Motto : « - Luminăția Ta, stejar suit / spre polul
plus, robustă simfonie... »
- Votre Altesse, chêne des forêts, gravi
vers le pôle plus, robuste symphonie,
comme tu joues à la mort, à l'infini, -
le temps se tait, en cercles il s'inscrit.
Enivré de soleil, éclairé des lumiѐres,
depuis tes racines, tu emportes des histoires -
jusqu'à ta cime où, rêvant, tu espѐres
t'incarner comme lueur de la Sainte Lumiѐre.
Classique comme Horace, ainsi que solennel,
et philosophe dans ton silence verdâtre,
dans ton bois tremblotent, à chaque souffle léger,
des violons, profondément, l'une aprѐs l'autre.
Mais un éclair suffit pour en conclure...
et ton bois dur sera changé en cire;
et nous, on va mourir sans doute, Sire,
portant l'histoire telle une lourde capture.
* * *
ARGINT / ARGENT,
din vol. Simerii,
Editura Eminescu, București, 1970
Motto : « Mesteceni argintari bocesc. Desfrâul /
de-argint, al frunzei, profețește-n vânt... »
Orfѐvres, les bouleaux se lamentent, se rebellent.
Au vent, la luxure d'argent de la feuille vacille.
Dans l'air, magiques, les arbres ruissellent,
si bien qu'en les voyant, je pâlis. Qui sont-ils ?
Je me défie comme d'une fausse-visiѐre
à la pensée physique, sincѐre et non-factice -
que le murmure se meurt dans les matiѐres
et que penseurs, les arbres s'amoindrissent.
L'argent que je recueille c'est pour une croûte de pain
qu'en mon chemin et en rêvant je vais manger.
Elle est si simple ma philo, comme vous voyez :
la vie sur terre n'est pas si compliquée.
* * *
REPRIMENIRE / RAJEUNISSEMENT,
din vol. Aura
Sonetului, Editura Primus, Oradea, 2019, p.110
Motto : « Copacii par crescuți din infinit, /
urcați în nelumeasca lor măsură... »
Aucun mouvement. Le temps s'est espacé,
et il est mort, ayant une triste figure.
Et les chasseurs, tournés vers le coucher,
se sont durcis, le cor muet à l'embouchure.
Les arbres semblent issus de l'infini,
montés qu'ils sont à leur inouïe mesure.
Depuis des millénaires, aucun n'avait frémi -
et leur feuillage n'est qu'une flétrie armure.
Mais, en suivant sa balle, un petit enfant,
entra, d'un coup, dans la forêt éteinte,
et, de son petit doigt, frappa les hêtres.
La Belle au Bois dormant, tout à l'instant,
sourit doucement - et toutes les sѐves palpitent.
D'un coup, ressuscité, le bois vient de renaître.
* * *
S E A R A / LE S O I R,
din vol. Poeme
noi, Editura Cartea Românească, București, 1984, p.74
Motto : « - Să spui acestor sălcii că le voi fi vecin
/
la dunga lină-a serii ce liniștit se mută / pe iarba
aplecată... »
- Dis à ces saules que je serai leur proche
au bord tranquille du soir qui change de place
sur l'herbe penchée tel le geste d'une souffrance
quand les chiens du foyer viennent, en fantoches,
inciter les étoiles, comme l'été passé, contre moi.
Avec ces souples végétaux et langoureux miroirs,
je suis hanté par l'illusion du retour au terroir,
ainsi qu'à la fournée brûlante d'autrefois -
autel nouveau où je louais les protecteurs
de mon foyer. Feront des libations les saules pleureurs,
dans l'attente pacifique des pas perdus, flâneurs.
Je veux que tu m'embrasses sous leurs cheveux flottants,
que tu me parles à mi-voix avec ta bouche d'antan
de cire et d'or, une simple vérité: « - Le soir descend
...! »
Versions françaises par Constanța NIȚĂ
7. Cassian Maria SPIRIDON (n. 1950)
O BLÂNDĂ LUMINĂ TRIMITE COPACUL / UNE DOUCE LUMIÈRE EST
ENVOYÉE PAR L'ARBRE,
din vol. Cu
gândiri și cu imagini, Ed. Cartea Românescă, București,
2018
Motto : « O blândă lumină trimite copacul /
prin frunzele lui »
une douce lumiѐre est envoyée par l'arbre
à travers ses feuilles
l'une aprѐs l'autre, celles-ci obturent
le sentier de quelques esprits vifs
avec les deux mains
sur le cou délicat de l'aprѐs-midi
la peau luminescente
habille la poitrine et les épaules
jusqu'à la plante frêle du pied
de la nuit,
en scintillant, par exemple, telles
les étincelles éteintes
d'un volcan -
un feu inextinguible,
une lave purificatrice
se lamente dans les profondeurs
en grommelant d'innombrables prophéties
de gros nuages
tel un brouillard humide
avalent les montagnes
ce n'est que la croix
auprès de la maison du vampire
qui reste dépareillée -
une lutte inégale
devant la pluie de feu
qui creuse des sillons
à travers le ciel -
on admire à l'horizon
un grand bateau rouge
qui franchit à travers la lumiѐre
les eaux de la mer
et tout en ouvrant
notre sentier
par l'air
on part main dans la main
suivis par l'image rouge-victorieuse
de la nave qui voyage
vers le port qui regorge d'illusions.
* * *
ÎNTUNECATE CATARGE / MÂTS TÉNÉBREUX,
din vol. Cu
gândiri și cu imagini, Ed. Cartea Românească, București,
2018
Motto : « Copacii, întunecate catarge, / înfipți în
cuprinzătoare zăpezi,
paznici muți în iubire / se-nalță tot mai sus... »
avec des mouvements de ballet
une vierge flotte au-dessus de blanches plaines
enneigées
on est guidé par l'odeur florale
dans la tige d'une sage attente
un oiseau noir coupe
les dunes élevées par la chasse-neige
des corps électriques
se glissent parmi les propylées de la nuit
avec un boudonnement de papillon
tels les doigts qui cherchent
sur la carte d'une géographie inquiѐte.
les arbres - des mâts ténébreux
enfoncés dans de vastes étendues de neige
tels des gardiens muets
de l'amour
s'élѐvent toujours plus en haut
vers des coeurs suppliants
enflammés
qui errent dans l'étendue azurée du ciel
on est suivis par un ange affalé
qui se reflѐte dans le miroir cassé de la Lune.
* * *
SEMNE ÎNTUNECATE / SIGNES ASSOMBRIS,
din vol. Cu
gândiri și cu imagini, Ed. Cartea Românească, București,
2018
Motto : « ...se pregătesc copacii - semne întunecate
/ pe albul care vine - /
hieroglife pe cerul încă luminos al toamnei »
assis l'un à côté de l'autre
on profite de l'instant écumant par le tsunami
et il ne serait pas étonnant
que notre coeur s'embrume
par la tristesse qui scrute nos journées.
regarde le vent qui arrache
l'une aprѐs l'autre
les feuilles des rameaux
pareil au temps
qui s'empare de celles de l'arbre
de ta vie
jour et nuit
les arbres - signes assombris
sur le blanc qui va venir
font des préparatifs
avec chaque rafale
ils perdent leur ombre -
tels des hiéroglyphes sur le ciel
encore lumineux
de l'automne.
Versions françaises par Constanța NIȚĂ
8. Ionuț CARAGEA (n. 1975)
NUCUL / LE NOYER,
din vol. Fântâna
care-și bea singură apa, Editura FIDES, Iași, 2024, p.
166 -167
Motto: « Nucile erau stelele noastre căzătoare / ce
ne împlineau toate dorințele ( ... )
miezul lor semăna cu un creier - pesemne, nucul ne
dăruia și nouă /
un pic din înțelepciunea pământului... »
Les grands- parents
nous ont enseigné la façon de secouer le noyer.
” - Ne casser pas ses branches !
Bougez-les en douceur !” - disaient-ils.
” - Toute branche cassée signifie une douleur de plus,
une caresse de moins,
une récolte manquée”...
Les noix étaient nos étoiles filantes
qui accomplissaient tous nos désirs:
des brioches et toutes sortes de gâteaux délicieux
en même temps, elles étaient notre teste de force
lorsqu'on essayait de les faire casser dans nos poings
leur amande ressemblait à un cerveau :
le noyer, semble-t-il, nous faisait don
d'une once de sagesse de la terre...
À un moment donné, une tempête enragée
par trop de chaleur - est venue
et notre noyer s'est rompu...
ses racines ont tiré de toutes leurs forces la terre
afin de protéger les arbrisseaux
du fond du jardin
mais la guillautine d'air du ciel noir
y est tombée impitoyablement...
pour la premiѐre et la derniѐre fois
j'ai vu la sѐve du noyer, son sang
qui coulait en vain
sans plus nourrir ses branches, ses feuilles,
les noix vertes semblaient à de petits enfants
qui pleuraient aprѐs les seins de leurs mѐres
et, à force de pleurer, le vert brillant
de leurs joues noircissait toujours...
Nous avons scié le tronc et les branches abattues,
ensuite on les a taillés à coups de hache
nous aurions voulu attendre encore
pour ne plus apporter une douleur de plus
au bois qui paraissait encore vif,
mais les grands parents disaient :
« - Le bois mouillé fend plus facilement...»
par conséquent, on s'en est occupé jusqu'à la fin...
la mort du noyer allait nous faire don, de surcroît,
beaucoup de chaleur encore...
Au fond du jardin, il en est reste quand même une petite
souche :
nous y sommes assis tous, à tour de rôle,
pour admirer les collines vertes.
les jardins de nos voisins, le coucher du soleil...
Quelques petits rameaux ont essayé de sortir de cette
souche...
mais on ne les a pas laissés pousser :
le noyer n'aurait jamais été pareil
tel l'homme alité qui ne sera plus comme autrefois
en dépit du fait que dans ses rêves
et dans son imagination
il voyage encore,
il grimpe encore aprѐs les fruits,
il court encore aprѐs les amours qui sont déjà partis,
en quittant la gare du coeur
pour la gare du bout du monde.
« Toutes les choses ont une fin...» - disaient les
grands-parents
et ils sont partis ensuite, eux aussi,
pour secouer le noyer des cieux...
dans quelques nuits, nous, les enfants d'autrefois,
nous nous asseyons sur le chicot du fond du jardin
en attendant que les noix de lumiѐre du ciel
y tombent.
Version française par Constanța NIȚĂ