Bercé par le souffle
Léger d’un adagio,
Contempler la sensuelle beauté
D’une chute de rein dénudée.
C’est l’émerveillement lumineux
D’un matin printanier,
C’est l’instant où je voudrais écrire,
Dire l’infini, dire l’ineffable,
Jusqu’ à voir éclore
Des efflorescences étoilées.
*
C’est un silence
De fin du monde
Où flottent encore les fumées
Des bûchers de l’inquisition,
Tel est le mystère
Des livres d’argile et de verre,
Fossilisation mémorielle,
Renaissance par le feu
Où les fantômes du passé
Laissent leurs empreintes de cendres.
Le livre de la sagesse
Par décret est consumé,
Il ne reste qu’un voile
De brumes bleues
Sur les souches de l’histoire,
En mémoire des autodafés.
*
En lisière de ce monde informel,
Où s’étirent des vols d’oiseaux blancs
Dans un demi-sommeil de nuit,
Des perles de pluie se concentrent
Sur les premières paroles de l’aube,
Saupoudrant d’un nuage d’encre irisée
Les promesses éblouies
Du Verbe-Poème.
*
Force est de constater
L’étiolement de notre environnement,
Comme une bannière abandonnée
Sur les fumeroles d’un champ de bataille.
L’histoire se pétrifie,
La mémoire immortalise
Les autodafés faisant souche
Avec l’humanité spoliée,
Dans le souvenir des pays
Où même, suprême humiliation,
Les fleurs sont mises en prison.
Les fantômes du passé ont laissé
Les traces de leurs stigmates.
Nous vivons dans un monde
En parure mortuaire,
Où l’espérance repose
Sur un fragile filet d’air.
*
Je m’avance sur les cendres
D’un pays qui n’existe plus,
Les mers en baignaient les côtes,
Aujourd’hui elles ont disparues.
Peuple stigmatisé portant
Dignement son deuil,
Pays écartelé, profané,
Par le passage incessant
Des invasions et des tyrans,
Dont les chants anciens
Reviennent de loin.
La litanie étend ses ondes
Sur les ruines du sanctuaire.
Un violon fédère
La mémoire d’une nation,
Il ne reste plus rien, tout s’éteint,
Seul le silence d’une voix s’installe
Descendant mystérieusement du ciel.
Un archange de lumière veille,
Paraphant l’évidence poignante
D’une puissante source d’espérance.
A tous les peuples victimes de la folie arbitraire et meurtrière des guerres! Tache indélébile scarifiant l’humanité. M.B.
*
La beauté naturelle
De vos soyeuses boucles blondes,
Se mêlent harmonieusement
Aux ondulations d’un champ
De blé sous les caresses du vent.
En votre robe bleu pastel
Je vous ai surpris
A tutoyer Dieu.
J’ai vu tomber
Les larmes du ciel
Lorsque l’image iconique
De votre visage passa,
En déposant sur la grande rosace
Des bouquets d’étoiles
Et des tapis de pistils.
*
Les pirogues colorées glissent
Au rythme cadencé des pagaies,
Elles fendent le silence
Sur le fleuve Sénégal,
Témoin d’un paysage
Qui déjà n’existe plus.
C’est pareil à un tourbillon dansant
Nous emportant, nous grisant la tête
Jusqu’à l’ivresse, magie ensorcelante
Des djembés, des sabars, des koras.
En ce pays de terres rouges
Entravé dans les chaines
De la mémoire et de la modernité,
Je regarde danser les déesses du fleuve
Et cheminer les longues files
Des porteuses de calebasses.
Protégez les terres
Qui vous ont été données
Par l’esprit de vos ainés.
Les pirogues bigarrées s’effacent
Dans un paysage de brume
Qui déjà n’existe plus.
*
Par la prière de l’artisan
Tout témoigne de patience,
D’élégance et de sapience.
Le frissonnement du silence
Porte l’œuvre fragile de beauté
D’un maitre d’art aguerri
Au-delà des paysages flottants,
Dans les brumes de l’aube.
Le satin gris du ciel
Recouvre de ses larmes de pluie
Le miroir des eaux,
Scintillant et beau
Comme le chant d’un oiseau
Tutoyant les soies du ciel.
*
Sursa: Michel Bénard, martie 2025