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Michel Bénard - Poèmes

 

Bercé par le souffle

Léger d’un adagio,

Contempler la sensuelle beauté

D’une chute de rein dénudée.

C’est l’émerveillement lumineux

D’un matin printanier,

C’est l’instant où je voudrais écrire,

Dire l’infini, dire l’ineffable,

Jusqu’ à voir éclore

Des efflorescences étoilées.

*

C’est un silence

De fin du monde

Où flottent encore les fumées

Des bûchers de l’inquisition,

Tel est le mystère

Des livres d’argile et de verre,

Fossilisation mémorielle,

Renaissance par le feu

Où les fantômes du passé

Laissent leurs empreintes de cendres.

Le livre de la sagesse

Par décret est consumé,

Il ne reste qu’un voile

De brumes bleues

Sur les souches de l’histoire,

En mémoire des autodafés.

*

En lisière de ce monde informel,

Où s’étirent des vols d’oiseaux blancs

Dans un demi-sommeil de nuit,

Des perles de pluie se concentrent

Sur les premières paroles de l’aube,

Saupoudrant d’un nuage d’encre irisée

Les promesses éblouies

Du Verbe-Poème.

*

Force est de constater

L’étiolement de notre environnement,

Comme une bannière abandonnée

Sur les fumeroles d’un champ de bataille.

L’histoire se pétrifie,

La mémoire immortalise

Les autodafés faisant souche

Avec l’humanité spoliée,

Dans le souvenir des pays

Où même, suprême humiliation,

 Les fleurs sont mises en prison.

Les fantômes du passé ont laissé

Les traces de leurs stigmates.

Nous vivons dans un monde

En parure mortuaire,

Où l’espérance repose

Sur un fragile filet d’air.

*

Je m’avance sur les cendres

D’un pays qui n’existe plus,

Les mers en baignaient les côtes,

Aujourd’hui elles ont disparues.

Peuple stigmatisé portant

Dignement son deuil,

Pays écartelé, profané,

Par le passage incessant

Des invasions et des tyrans,

Dont les chants anciens

Reviennent de loin.

La litanie étend ses ondes

Sur les ruines du sanctuaire.

Un violon fédère

La mémoire d’une nation,

Il ne reste plus rien, tout s’éteint,

Seul le silence d’une voix s’installe

Descendant mystérieusement du ciel.

Un archange de lumière veille,

Paraphant l’évidence poignante

D’une puissante source d’espérance.

 

A  tous les peuples victimes de la folie arbitraire et meurtrière des guerres! Tache indélébile scarifiant l’humanité. M.B.

*

La beauté naturelle

De vos soyeuses boucles blondes,

Se mêlent harmonieusement

Aux ondulations d’un champ

De blé sous les caresses du vent.

En votre robe bleu pastel

Je vous ai surpris

A tutoyer Dieu.

J’ai vu tomber

Les larmes du ciel

Lorsque l’image iconique 

De votre visage passa,

En déposant sur la grande rosace

Des bouquets d’étoiles

Et des tapis de pistils.

*

Les pirogues colorées glissent

Au rythme cadencé des pagaies,

Elles fendent le silence

Sur le fleuve Sénégal,

Témoin d’un paysage

Qui déjà n’existe plus.

C’est pareil à un tourbillon dansant

Nous emportant, nous grisant la tête

Jusqu’à l’ivresse, magie ensorcelante

Des djembés, des sabars, des koras.

En ce pays de terres rouges

Entravé dans les chaines

De la mémoire et de la modernité,

Je regarde danser les déesses du fleuve

Et cheminer les longues files

Des porteuses de calebasses.

Protégez les terres

Qui vous ont été données

Par l’esprit de vos ainés.

Les pirogues bigarrées s’effacent

Dans un paysage de brume

Qui déjà n’existe plus.

*

Par la prière de l’artisan

Tout témoigne de patience,

D’élégance et de sapience.

Le frissonnement du silence

Porte l’œuvre fragile de beauté

D’un maitre d’art aguerri

Au-delà des paysages flottants,

Dans les brumes de l’aube.

Le satin gris du ciel

Recouvre de ses larmes de pluie

Le miroir des eaux,

Scintillant et beau

Comme le chant d’un oiseau

Tutoyant les soies du ciel.

*

Michel Bénard - Biographie
 
 
 
Michel Bénard né à Reims en 1946.
 
Poète, peintre, essayiste, critique d’art et de littérature. Organisateur d’expositions d’art.
Vice-Président de la Société des Poètes français.
Lauréat de l’Académie française. Chevalier dans l’Ordre des arts & des Lettres.
Poeta Honoris Causa du Cénacle européen des Arts et des Lettres.
Lauréats de nombreux prix poétiques.
Ex-animateur radio culturelle (24 ans)
A publié plus d’une cinquantaine d’ouvrages de poésie et d’art.
Collabore à multiples revues nationales et internationales.
 
Être poète, artiste, philosophe, compositeur, c’est déjà revendiquer son besoin d’amour, c’est respecter la vie et oser encore croire en l’homme, c’est tendre tout entier vers son devenir, loin des aveuglements de l’extrême, des régressions fanatiques et des ignorances obscurantistes.
 
Ecrire simplement un poème, pour que l’on n’assassine plus la beauté.
 
La poésie nous invite à déposer notre regard sur l’humanité où pèsent à la fois toute la dramaturgie de la vie, mais également toutes les nuances de l’espérance.
 
C’est par la poésie que nous sortirons du désespoir pour aller vers l’amour.
 
Adresse courriel : michel.benard93@outlook.fr

Sursa: Michel Bénard, martie 2025